Tunisie, Carnets d'incertitude de Cécile Ouhmani, Éditions Elyzad

          Dsc01803Recueil de poèmes écrits entre 2011 et 2013. Cécile Oumhani témoigne des événements du "Printemps tunisien" de 2011 depuis Paris puis bientôt en Tunisie où elle partage les élans et les déceptions de la révolution en cours. En février 2013, l'auteur reprend ses "carnets", face aux troubles parfois violents et aux  incertitudes qui brouillent les élans d'enthousiasme des premiers moments.

           Si la poésie sait être "présence", c'est bien dans ce recueil. Ces textes au coeur battant disent au plus près une réalité contrastée et à vif.  La voix de l'auteur fait entendre celles des proches, celles des anonymes, de la foule ou d'un individu menotté.

         Le poème ci-dessous illustre les lendemains incertains. La suspension du linge au vent, les feuilles du journal ou la palpitation d'un feuillage, le claquement du sécateur sur les branches du laurier ou celui des armes dans le djebel : quelque chose se brise, la sève de l'arbre coule ou des larmes ou la clarté qui grandit...          

 

Extrait :

                                JOURNAUX DU MATIN

Radieux, le patio de février.

Il repousse les territoires de l'ombre. Corps à

corps muet, ininterrompu. Le linge sur la ligne

lève les bras au ciel.

                   ---

 

Une par une, les pages des journeaux que tu

apportes. Leurs feuilles s'ébrouent en longs

froissements d'encre. Le nouveau gouvernement,

c'est aujourd'hui ? Demain ?

              ---

 

Tant d'attente. Brahim, tu te lèves. Une par une,

coupes les branches devant la fenêtre assombrie

de feuillages.

                     --- 

 

Claquement sec des cisailles. Trancher vif, au

coeur du sujet. Bruit de métal. Plainte du bois

que tu scies, sans t'arrêter. Le linge sur la ligne

tremble. Soupire avec la brise.

               ---

 

Une autre cache d'armes découverte dans le

centre du pays. Des drapeaux noirs. Des sala-

fistes.

           ---

 

sur les carreaux du patio, les branches s'amon-

cellent, vert sombre. Figé contre la terrasse, le

laurier sèche ses moignons.

                 ---

Des giclées de clarté traversent la vitre.    (p.110-111)

 

 

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